J. Edgar, de Clint Eastwood.

C’est un personnage fantastique qui fait l’objet du dernier film de Clint Eastwood, ce Hoover qui a régné pendant près de 50 ans sur  le FBI, et par là, (à peine) dans l’ombre sur l’histoire politique des Etats-Unis et sa constante violence: depuis le début des années 1920 et le pic de la lutte contre les communistes, ces « bolcheviques », qui provoquent une peur terrible avec la révolution en Russie et les menaces de « grève générale », auxquelles sont assimilées toutes tentatives de syndicalisme et de lutte sociale – un moment si bien évoqué par Dennis Lehane dans Un pays à l’aube. En passant par les années de la Deuxième guerre mondiale puis celles du maccarthysme, où la suspicion « anti-américaine » (unamerican, un intraduisible pourtant récurrent dans l’histoire du pays, très bien analysé par l’historienne Marie-France Toinet dans La chasse aux sorcières) continue de se développer par d’autres biais, avec d’autres cibles, plus élitaires: les intellectuels, les écrivains, les réalisateurs. Pour se terminer enfin sur les années 1960, avec la mort de ce J. Edgar Hoover, qui a sans doute trempé en 1968 dans l’assassinat d’un Martin Luther King (très vite passé par quelques photos dans le film, choix étrange) qu’il poursuit de sa haine, et peut-être bien aussi dans celle de ce jeune Bob Fitzgerald Kennedy, auquel il se heurte constamment depuis qu’il est Procureur général, et peut-être même dans celle de son frère Président, en 1963… la haine pouvant être le mode de fonctionnement de Hoover. James Ellroy l’a montré avec son énergie habituelle dans sa trilogie américaine, et le personnage incarné par Leonardo DiCaprio paraît un peu fade à côté de celui évoqué par l’écrivain. Même si il est montré sans concession, avec sa folie, sa solitude, son homosexualité probablement refoulée mais connue de tous, et à la fin de sa vie ses injections d’amphétamines quotidiennes.

C’est une construction intéressante et risquée qu’a choisie Eastwood, qui fait alterner deux moments: les débuts de la carrière de Hoover, dans les années 20 et 30, et la fin de sa carrière, ce qui permet de dégager à la fois les origines (peut-être le plus intéressant, ses rapports avec sa mère notamment… dont je ne connais pas la source pour ce film), la naissance de son « style » de pouvoir, les constantes de son mode de faire, et les dernières années où il est dépassé par des événements auxquels il ne comprend plus rien. Il est pourtant dommage de ne pas davantage rester sur la période de la Guerre, sur celle du maccarthysme, moments où les talents de Hoover ont fait fureur et où il s’est rendu indispensable à la Présidence, et ceci pas seulement, comme il est évoqué dans le film, parce que les fichiers secrets que le Directeur du FBI tenait soigneusement à jour contenaient des preuves de vérités gênantes également sur les Présidents. Le problème, c’est peut-être que cette construction n’aboutit sur rien d’autre que la mort de Hoover, dont on se doutait un peu, et qui n’a rien que le goût de l’amertume, de la médiocrité, finalement, que pouvait exhaler ce personnage derrière ses manies et son délire de persécution. Il n’y a pas de crescendo, il n’y a pas de tension, rien qu’une succession de moments qui dévoile une vérité sur le personnage qui est déjà connue depuis longtemps.

Et puis quand même, il y a un autre problème, qui revient comme la mouche du coche aux yeux du spectateur. Les trois acteurs principaux, DiCaprio, Armie Hammer et Naomi Watts, apparaissent alternativement jeunes et vieux, et dans ce dernier cas maquillés à l’extrême avec sans doute les meilleures techniques actuelles (le film a d’ailleurs reçu le Critics Choice Award du meilleur maquillage). Le maquillage de DiCaprio est extrêmement bien fait, celui de Naomi Watts également, mais il est dévoilé malencontreusement lors d’une scène trop rapprochée; et celui de Armie Hammer est indisposant tant il est raté, et l’on a donc la forte conscience de voir se balader sous nos yeux un acteur sans doute handicapé par la couche de pâte à modeler qu’il a sur la figure, qui voudrait lui faire prendre 50 ans d’un coup de peinture. Et puis quoi, mince, alors! on se croirait dans Star Wars. Cet aspect prend une importance bien trop grande et nuit à la performance, par ailleurs bonne, sans extraordinaire, de trois acteurs dont deux peuvent être, on le sait déjà, exceptionnels. Voilà sans doute ce que l’on peut dire également de l’ensemble de ce film et du travail de son réalisateur. 

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