Hunger, de Steve McQueen.

Voir le film si bien léché La Dame de Fer m’a donné envie de revoir celui de Steve Mac Queen, un film britannique également, sur un épisode bien thatchérien: la grève de la faim des détenus d’Irlande du Nord. En grève de l’hygiène depuis plusieurs années, ils demandent à être considérés selon un statut politique et non comme des criminels de droit commun. Comme on le voit, les détenus irlandais, qui refusent de mettre les habits des droits communs, sont donc nus et leur cellule est entièrement maculée de leurs propres excréments, ainsi qu’ils le font minutieusement et régulièrement – tout cela est très bien décrit par Sorj Chalandon dans son dernier ouvrage.

Des images, sans mot.

La douche forcée, un moment de violence extrême, n’est rien encore comparée à celle qui a lieu lors d’une fouille corporelle des détenus (anus et bouche) encadrée par l’équivalent des CRS, qui agissent « en prévention » en battant chaque détenu, nu, passant entre deux rangées de casques, de bottes, de matraques et de boucliers. Les habits civils qu’on apporte enfin aux détenus, mais qui sont des habits clownesques. Ils refusent violemment, saisissant l’intention évidente.

Et puis, l’assassinat d’un gardien de prison, que l’on pensait jusque-là un peu paranoïaque, lors de sa visite à sa mère en maison de retraite. Le film rappelle que 16 d’entre eux ont été assassinés. Il s’agit bien d’une guerre – mais Thatcher ne le reconnaîtra jamais.

Étoile filante au milieu du film, une discussion âpre entre Bobby Sands et un prêtre proche de lui. La scène dure plus de 20 minutes, au milieu d’un film sans dialogues [« républicain » fait dans cette scène mention du républicanisme irlandais et donc de l’IRA et non du Parti républicain…]. La détermination de Sands, qui sait déjà qu’il va à une mort certaine, étant donné la violence des Anglais. À part la mention qui est faite à la fin du film, rien sur le fait que Bobby Sands a été élu comme député au début de sa grève de la faim, à l’occasion d’élections anticipées provoquées par la mort d’un autre député du Parlement. Le film fait le choix de se centrer sur la seule agonie de Bobby Sands, sachant que d’autres hommes faisaient en même temps leur grève de la faim, jusqu’à la mort – 10 hommes vont mourir de cette grève.

Tout cela n’a rien d’un divertissement comme peut l’être le film actuel the Lady of Iron. C’en est un bon complément… ou un bon antidote, comme vous voudrez!

Au moment où les Écossais, qui ont toujours su mieux composer que les Irlandais avec l’impérialisme britannique, est en train de négocier pacifiquement un statut indépendant de l’Angleterre, et 800 ans après l’Habeas Corpus (1215), ce texte magnifique destiné à limiter la toute puissance du Roi d’Angleterre en interdisant l’emprisonnement sans jugement (beaucoup des Irlandais n’étaient pas jugés dans le contexte nord-irlandais)… l’épisode rappelé dans Hunger rappelle ce qui a eu lieu en Irlande du Nord et en Angleterre, Europe, 1981.

Hunger, film britannique de Steve McQuenn, 2008.

Publicités

About this entry