My Blueberry Nights, et l’amour humain.

Revoir My Blueberry Nights, de Wong Kar Wai, a été une beauté. J’avais le souvenir d’un poème. D’une esthétique incomparable. C’en était un, à la fois les images, lentes lorsque l’on aurait pu passer trop rapidement sur leur apparente médiocrité, images d’un bar ou d’un alcoolique ou du mur d’une petite ville sans nom et sans écho. L’esthétique tellement nouvelle, autre, propre au cinéma asiatique, restait évidente. Et puis c’était aussi l’histoire de l’amour humain. Celui qu’un simple barman peut éprouver en compassion devant les humains échoués là, perdus, ancrés dans l’alcool. Wong Kar Wai a eu le nez fin. Dès 2007, Racherl Weisz y incarne une mariée tragique. Cat Power, une femme revenue du passé l’espace d’une cigarette. Rachel Portman, la magnifique, en joueuse invétérée, défiante envers toute l’humanité, y compris elle-même. Et puis miser sur Norah Jones pour ce premier rôle.

Jude Law, perdu avec son accent britannique aux arrières écourtés au-delà de son émotion, est employé magnifiquement, pour tout ce qu’il incarne dans ses rôles en dehors de leur assurance sociale ou de leur importance dans le scénario: la tendresse de son regard. Celles des humains pour les humains. Ceux qui traînent des sacs poubelles, qui fument des roulées dans le froid, qui ne sont personne, dont la profession n’est rien, mais le lien aux autres, tout. Norah Jones, ses épaules toujours un peu relevées comme pour se protéger du monde, comme pour témoigner de toute sa sincérité, de son humilité – son regard en retrait, et proche tout  à la fois, de ce à quoi elle assiste en tragédies humaines, en espoirs, en folies, en voyages. Dans l’espace de l’alcool ou dans celui du jeu – n’est-ce pas le même? – que l’on devine se prolonger dans l’Amérique du milieu, celle de nulle part, des petites villes qui ne comptent pas, même celle du Nevada (une des rares indications fugaces)… qui n’était pas Vegas (puisqu’elles y vont ensuite!), mais une ville perdue, elle aussi. Depuis son bar new-yorkais, Jude Law, dans une attente délicieuse, lisant les cartes qu’il reçoit de lieux qu’il ne cherche plus à joindre, regarde la mer. Depuis les siens, Norah Jones regarde ceux qui, sous le feu des projecteurs, affrontent le bon- et le mal-heur.

Belle, aussi, la place de l’écrit, qui ne la cède à aucune autre, et surtout pas au téléphone, pour dire ce tout qui touche profondément. Même sur de simples cartes postales, et même en sens unique, envoyées d’Elle à Lui sans retour possible.

Et les blueberry pies, l’acide de l’humanité enrobé de tendresse dans le sucré, par lui réalisées, tellement bonnes à déguster.

Et le blues, les voix dans toute leur humanité, qui accompagnent tout le film et ses lenteurs d’images – Ry Cooder est derrière tout ça….

N’importe laquelle de ces images magnifiques peut être tirée en poster.

Pour aller de l’amour humain à l’amour. Et réciproquement.

My Blueberry Nights, c’était en 2007, un film de Wong Kar Wai. À voir et à revoir entre deux nuits.

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