Quand les enfants jouent faux.

Nouveau départ est un film à voir si l’on aime à la fois Matt Damon et Scarlett Johansson, et qui raconte une jolie histoire vraie. Mais ce qui m’arrête aujourd’hui n’est pas le film en soi. C’est le jeu de l’actrice de six ou huit ans qui joue une petite fille dans une famille américaine, thème rebattu dans le cinéma américain actuel. Son personnage, particulièrement charmant et mature, étant donné la mort récente de sa mère, qu’elle incarne en prenant sa place dans la famille, elle est jouée par une jeune comédienne nommée Maggie Elisabeth Jones.

On a déjà vu cette petite fille jouer dans le Footloose de 2011, sans doute avec sa petite soeur. Elle réapparaît ici dans un rôle beaucoup plus important.

À chacune de ses apparitions, la salle parisienne rit et réagit. Et puis, au bout d’un moment, la salle se tait devant ses effets. Un brin angoissée, un brin lassée, et peut-être excédée par ce jeu. Qui met en effet très mal à l’aise. Car c’est un jeu très fin et intelligent, auquel il manque cependant quelque chose que pourtant il est rare qu’un enfant ait perdu à ce point: l’authenticité. La petite fille est toute en contrefaçons. Elle singe les adultes inauthentiques. Elle cherche le regard – on peut le voir très nettement dans l’une des scènes, où son regard ne va pas du tout là où il devrait aller mais reste rivé au niveau du sol, cherchant peut-être l’approbation de quelqu’un qui se trouvait sur le tournage. Tout cela reste sur le coeur. Qu’en est-il d’un cinéma où les enfants n’ont pas d’émotion vraie? La petite Maggie Elisabeth Jones fait sans doute de son mieux pour accomplir ce qu’on lui demande, et d’ailleurs tous les comédiens dans ce film ont un jeu un peu outré, ce qui est sans doute dû à la direction d’acteurs. Mais l’artifice mis à ce point en valeur, chez un enfant, près d’un siècle après la naissance de Stanislavski, dont la méthode inspira les plus grands acteurs du cinéma à partir des années 1950, de Marlon Brandon à James Dean, de Paul Newman à Robert De Niro, de Liz Taylor à tous ceux qui passèrent et passent encore par l’Actor’s Studio, pose question sur les chemins invraisemblable que peut parfois prendre Hollywood. Après La Méthode et tout ce travail centré sur l’émotion vraie du comédien, qui a tant fait ses preuves, au cinéma comme au théâtre, cela fait froid dans le dos que de voir cette petite fille aussi mal dirigée. Pourvu que la comédienne se débarrasse de ses mentors du moment et trouve son chemin, en tant que comédienne, mais surtout en tant qu’être humain – car jouer faux, rester si loin de soi, de ses propres émotions, rend fou. N’est-ce pas ce que l’on observe dans la vie de tous les jours? Alors, si jeune et dans un film diffusé mondialement, cela en démultiplie sans aucun doute ses effets.

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