L’humanité, de Bruno Dumont.

L’humanité sans majuscule. Sans rien connaître de Dumont encore, regarder en tout premier L’humanité à cause du titre déjà qui me bouleverse. Très, très lentement je prends une claque, à mesure que je vois ce regard doré inlassablement filmé, ce regard sur les hommes égal à celui de son grand-père peintre, sa tendresse, son sourire léger au moment où son chef explose. Aucun voyeurisme, aucune grossièreté dans ce cinéma qui touche au coeur.

La vulgarité indicative d’une faille.

Et quelque chose de particulièrement localisé à ce regard, puisque quelques jours auparavant j’écoutais une émission avec Arno (qui disait que maintenant il était sans frontière, car quand il était au sud de Bruxelles en train de pisser Paris était mouillé – le tgv aidant) qui portait la même « chose », cette chose à l’inverse des métropoles dont pourtant je me sens l’habitante naturelle… et que je trouvai alors une communauté dans son regard, dans son parler, dans sa poésie, et dans celle de cette minuscule ville, dans ces paysages, qui laissent le silence entrer, dans chacun des mots et des gestes.

Ici l’épluchage des patates, non, le regard sur l’épluchage des patates, le toucher, la caresse à la laie, tout comme l’étreinte délicate. La compassion du regard dont la pitié – celle de Domino, « tu me fais pitié à la fin » n’est que le reflet malhabile. La compassion qui va aller jusqu’à la culpabilité, ? Je ne sais pas comment comprendre la fin. Tant mieux. Mais toujours ce regard doré qui va vers la fenêtre, vers le monde.

Impossible à définir. Ce serait peut-être la seule ruralité qui reste au coeur des villes (au coeur de Bruxelles par exemple) et qui me réconcilierait avec la ruralité, que je croyais terriblement pleine de laideur (l’esthétique suffocante, les pauvres gens de Brel, les « malheureux » ici, ou ce « ne reste pas trop tard ce soir ne prends pas froid » de Ferré) et qui devient ici attendrissante, familière, rassurante; de vide (je connais bien celle de l’Est français que je déteste), et qui est ici en réalité nourrie de silence, laissant aux choses tout leur écho.

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