Si.

Et si je m’étais faufilée ce week-end dans la chambre de mon fils adolescent – 13 ans. S’il m’avait manqué. Si je m’étais, le coeur un peu en débandade, laissée tomber sur son lit pour regarder sa chambre, son univers, de ce point de vue interdit quand il est là (« Mais Maman laisse-moi tranquillle…!! »). Si j’avais glissé la main sous son lit où je sais qu’il y a toujours un bouquin ouvert, si j’avais trouvé sa tablette à la page 82. J’aurais feuilleté un peu, d’abord pour rire, puis pour quelques heures, pour me plonger progressivement dans la lecture, du début à la fin, de cette jolie aventure.
Une aventure pleine de sens, rythmée par un savant suspense. La voix affectueuse, généreuse de l’auteur, dont c’est le premier roman, transparaît à travers le texte, fait du bien. C’est un excellent narrateur, on entend sa voix qui raconte une histoire – il est instituteur, je voudrais que ma fille l’aie en classe! Les dialogues sont excellents, vivants. Je suis heureuse que mon garçon lise cela.
Le héros, un adolescent, se trouve aux prises avec un monde qu’il découvre. « À la fois inquiet et impatient, nostalgique et curieux », il doit faire des choix, comprendre la situation, prendre des responsabilités et même prendre parti. C’est une belle métaphore de l’existence pour un ado.

Rembobinage. Replay.

Et si je m’étais faufilée ce week-end dans la chambre de mon fils adolescent – 13 ans. S’il m’avait manqué. Si je m’étais, le coeur un peu en débandade, laissée tomber sur son lit pour regarder sa chambre, son univers, de ce point de vue interdit quand il est là (« Mais Maman laisse-moi tranquillle…!! »). Si j’avais glissé la main sous son lit où je sais qu’il y a toujours un bouquin ouvert, si j’avais trouvé sa tablette à la page 82. J’aurais feuilleté un peu, j’aurais trouvé l’écriture pas toujours élégante, et, presque à chaque page, des approximations de style voire des maladresses. Mais plus encore, de grossières fautes d’orthographe, des défauts de ponctuation continuels, des fautes de typo, des erreurs de syntaxe. « refréner une joie naissante, il décrocha un bâillement, le petit bonhooome, et ben, allons ne t’inquiètes pas, voire même, égrainant les heures et les jours, Après bien des hectomètres de parcourus, F stoppa enfin sa course en avant, 22 allées Giuseppe Verdi, emportés en toute vitesse », etc. etc. Et le style varie entre un ton soutenu et un ton plus léger, mais qui ne se trouve jamais placé entre guillemets, on est « mal luné, elle profitait à pleines dents de chaque jour dans sa nouvelle peau, F s’était insérée dans les couloirs », etc. etc.

Alors je me serais dit: Je n’ai pas envie que mon fils lise ça, il va faire encore plus de fautes de français, il va croire que ce n’est pas obligatoire d’avoir une bonne orthographe…
Et puis, je me serais peut-être dit également: Mais c’est quoi ces textes? je vais lui supprimer sa tablette, sur internet rien n’est fiable!
Et je serais repartie avec la tablette, et une fumée noire au-dessus de la tête. Confisquée.

Échappée est un joli roman, un récit pour les ados qui pose beaucoup de questions sur la mort, les autres, les choix. Un regard bienveillant sur le monde.

Mais le problème, c’est que le manuscrit publié est dans un état déplorable.
L’éditeur, par ailleurs sympathique (et qui ne fait aucune erreur à l’écriture), contacté à ce sujet avant la publication, n’a pas reporté la sortie prévue le 1er juillet et n’a toujours pas changé le manuscrit pour un texte corrigé. C’est prévu pour la « fin de la semaine », a-t-il précisé.

Je l’espère. Car cela pose un problème double: d’abord celui de la qualité de la lecture, notamment, ici, proposée à des adolescents; de sa qualité formelle (erreurs syntaxiques, fautes d’orthographes très nombreuses) et de sa qualité rédactionnelle (ici le manuscrit demanderait une réécriture).

Et cela pose également le problème de la légitimité de la publication numérique, dont l’image, qui reste à établir auprès du public, se ternit si facilement: un manuscrit douteux comme celui-ci sera facilement interprété comme ce qui caractérise la publication numérique en général. C’est bien pour cela que les éditeurs numériques, dont je suis, doivent se trouver tout particulièrement vigilants sur ce point, par professionnalisme, respect pour le lecteur et client!, par correction envers les autres éditeurs également.

Si l’on s’engage dans l’innovation, il faut être particulièrement irréprochable.

Échappée nocturne au pays des songes, de Grégory Puech, éditions La matière noire, 2013.

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