(Et pourtant l’espace, c’est l’autre.)

Dans les grandes villes on est pressé, on n’a pas de temps à perdre; on frôle autrui, à la limite du choc, indisponible, ancré dans d’autres réseaux que celui de la co-présence. 

Quand on demande son chemin, en Sardaigne, dans les toutes petites villes comme Bosa, le vieux Cagliari ou Oristano, en réponse, on nous accompagne. Savoureuse pratique, qui renvoie au passé, au-delà de sa propre vie. On se sent renvoyée aux habitudes de nos ancêtres. 

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Les villes sont si petites qu’il est plus simple de conduire l’étranger à sa destination. Et puis, toutes les rues n’ont pas de nom. Enfin, leur tracé est si compliqué qu’il rend les explications difficiles. 

Alors, on fait un bout de chemin avec l’étranger, et s’il en manifeste le désir, on fait aussi la causette avec lui. 
En parlant avec cette jeune fille roumaine qui m’emmène à la station des cars d’Oristano, qui me livre son temps et son histoire, je rêve à une équation qui déterminerait un rapport entre la taille des villes et le temps (la disponibilité) de ses habitants. Ce qui permettrait de conclure: si tu migres vers une plus grande ville, comme c’est le cas souvent, frontière à passer ou non, depuis 1945…. alors tu auras moins de temps pour autrui (de temps de vie?). 

Plus l’espace possible grandit, plus le temps possible à consacrer à l’autre, à l’inattendu, s’amoindrit. (Et pourtant l’espace, c’est l’autre.)

Passer à travers cette règle – habiter Paris et savoir souvent flâner, le nez au vent et la rencontre possible – serait un savoir si délicieux à cultiver… Un mode de vie si luxueux… 

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