César doit mourir, des frères Taviani.

photo-Cesar-doit-mourir-Cesare-deve-morire-2012-4La pièce de Shakespeare Jules César jouée par des détenus en Italie du Sud, dans une prison de haute sécurité. Une expérience réelle. Un faux docu-fiction mais une expérience réelle avec les comédiens-détenus de Rebbibia.
Dès les premières minutes, on reçoit comme un poing dans la figure: ils sont faits pour, ils sont, ils sont ces Romains en prise avec le pouvoir. Ce sont des hommes qui tous appartiennent aux maffias, qui connaissent de toujours les situations poignantes du pouvoir. Leur vérité est stupéfiante. Ils savent exactement comment être. Qu’être. Car c’est ce qu’ils sont, eux. En moindre gloire. Depuis leur quartier de haute sécurité, et auparavant, depuis leurs régions sans gloire pauvrissimes et dégradées.

Ils ont tué, dealé, ils ont fait pire. Ils sont condamnés à 15, 25 ans, perpétuité. Mais justement, parce qu’ils ont tout risqué pour cela, ils savent ce qu’est un « homme d’honneur », ils savent ce qu’est une société qui fonctionne sur l’honneur.

Durant les répétitions, depuis leurs cellules, se créent des liens entre leurs personnages. Sur scène, suivant les directives, chacun joue son rôle dans son dialecte natal. Ils ne connaissent pas Shakespeare mais il leur est aussi proche qu’un voisin. Ils connaissent le secret, les mots chuchotés. La défiance. La prudence vitale. La mort en regard de la violence.

Ils répètent comme les plus grands comédiens, avec l’exigence extrême qu’impose le théâtre: tout le temps, leur texte entre dans leurs veines, dans leur coeur, habite leur corps tout entier. En faisant la promenade, dans leur cellule, en passant la serpillère dans les couloirs de la prison: ils sont habités.

Ils l’aiment, César, et ils savent qu’ils vont devoir le tuer, corps à corps, tripes à tripes.
Ils savent mieux que personne pourquoi César doit mourir.
Ils conspirent. Et peu à peu, en s’en imprégnant, ils comprennent le secret du texte. Ce que le texte doit révéler.

Au fil des entrechocs, entre eux et en eux, que leur transmet le texte, s’ébauche un lent et profond processus de travail sur soi, sur ses émotions, une réflexion non-intellectuelle sur sa propre vie, son sens. Ils se voient, depuis le public, ils se voient, depuis le 16e siècle, depuis la société des hommes. On en lira l’effet au générique de fin.

Cesare deve morire, un film italien de Paolo e Vittorio Taviani, 2012

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L’humanité, de Bruno Dumont.

L’humanité sans majuscule. Sans rien connaître de Dumont encore, regarder en tout premier L’humanité à cause du titre déjà qui me bouleverse. Très, très lentement je prends une claque, à mesure que je vois ce regard doré inlassablement filmé, ce regard sur les hommes égal à celui de son grand-père peintre, sa tendresse, son sourire léger au moment où son chef explose. Aucun voyeurisme, aucune grossièreté dans ce cinéma qui touche au coeur.

La vulgarité indicative d’une faille.

Et quelque chose de particulièrement localisé à ce regard, puisque quelques jours auparavant j’écoutais une émission avec Arno (qui disait que maintenant il était sans frontière, car quand il était au sud de Bruxelles en train de pisser Paris était mouillé – le tgv aidant) qui portait la même « chose », cette chose à l’inverse des métropoles dont pourtant je me sens l’habitante naturelle… et que je trouvai alors une communauté dans son regard, dans son parler, dans sa poésie, et dans celle de cette minuscule ville, dans ces paysages, qui laissent le silence entrer, dans chacun des mots et des gestes.

Ici l’épluchage des patates, non, le regard sur l’épluchage des patates, le toucher, la caresse à la laie, tout comme l’étreinte délicate. La compassion du regard dont la pitié – celle de Domino, « tu me fais pitié à la fin » n’est que le reflet malhabile. La compassion qui va aller jusqu’à la culpabilité, ? Je ne sais pas comment comprendre la fin. Tant mieux. Mais toujours ce regard doré qui va vers la fenêtre, vers le monde.

Impossible à définir. Ce serait peut-être la seule ruralité qui reste au coeur des villes (au coeur de Bruxelles par exemple) et qui me réconcilierait avec la ruralité, que je croyais terriblement pleine de laideur (l’esthétique suffocante, les pauvres gens de Brel, les « malheureux » ici, ou ce « ne reste pas trop tard ce soir ne prends pas froid » de Ferré) et qui devient ici attendrissante, familière, rassurante; de vide (je connais bien celle de l’Est français que je déteste), et qui est ici en réalité nourrie de silence, laissant aux choses tout leur écho.

Albert Nobbs: no sex, no world: no life?

Une longue nouvelle écrite par l’auteur irlandais George Moore et publiée en 1918, évoque une femme irlandaise ayant trouvé la survie en se faisant passer pour un homme.

Le film de Garcià, sorti en 2012, s’inspire de ce personnage et de l’écrit de Moore. La rencontre d’Albert, terrifiée puis stupéfaite, avec une autre femme se faisant passer pour un homme et qui s’est mariée avec une autre femme. À partir de ce moment, surgit son espoir immense en un projet qui pourrait à la fois la rendre indépendante (la tenue d’une boutique) plutôt que de rester majordome au service de maisons abusives. Et surtout un projet qui pourrait la sortir de sa solitude.

C’est cet instant qu’avait saisi Moore, en une nouvelle peut-être un peu terne mais fascinante – et que saisit le réalisateur. La recherche d’un projet de vie autre que la survie, qui se met à la rendre vulnérable. Comme on l’imagine, Glenn Close est stupéfiante avec un jeu tout en finesse. Elle qui a joué si magnifiquement Merteuil, cette autre femme ayant choisi de défendre tout autrement sa vie de femme!, rend ce personnage seul et masculin, ou pour tout dire asexué, sans humour, terrifié, tout à fait vraisemblable dans sa recherche d’être irréprochable pour survivre. La recherche d’Albert d’une vraie vie à soi, qu’elle rêve de partager, la laisse, elle qui était particulièrement économe, faire des dépenses invraisemblables pour toucher la jeune fille qu’elle souhaite transformer en Madame Nobbs et qui ne pense, elle, qu’à profiter de ses largesses. Alors Albert compte, le soir, avec effroi, ce que va lui coûter la jeune femme. Peut-être que ce qui fait Nobbs, qui est sa force et sa faille, c’est son ignorance totale de la sensualité, de la sexualité, qui occupe tout naturellement la jeune femme qu’elle convoite, et qui est explicite dans le film entre les deux femmes mariées ensemble. Or Nobbs reste aveugle. Majordome mais surtout femme cachée et terrifiée, elle n’a jamais profité de le point de vue extraordinaire sur le genre humain que lui offre sa fonction – les scènes de luxure auxquelles elle assiste en étant le summum – pour peaufiner sa connaissance des rapports humains. Elle vit hors du monde, recluse en soi.

Albert Nobbs… Le projet fut travaillé et réécrit plusieurs fois avec Glenn Close, vers 2000 par Istvan Szabó, grand réalisateur hongrois, et se trouve repris ici sous la plume de l’auteur britannique John Banville. Un film réalisé par un réalisateur latin, hollywoodien, Rodrigo Garciá (qui a fait entre autres le très beau Nine Lives, et puis Mother and Child). Le film est une lecture explicite du texte  – intérieur, terne et délicat comme Nobbs – auquel il reste fidèle tout en extériorisant tout ce qui est possible. Les monologues intérieurs sont transformés en dialogues, les domestiques, les clients se mettent à avoir une existence, les éléments suggérés sont clairement évoqués. Jonathan Rhys Meyers, duquel on avait fait grand cas lors de la préparation de ce film, fait quelques apparitions – ses scènes ont peut-être été coupées.

Dans cette ville dure qu’est Dublin au début du XXe siècle, dans ce pays dur qui déverse alors son espoir et son émigration vers l’Amérique, Albert Nobbs, qui a perdu jusqu’à la mémoire de son prénom féminin, a oublié le sexe, ce qui la condamne à rester coupée du monde et se débat, entre l’ignorance et le projet d’une vie plus libre. C’est un destin qui fait rêver et qui tue l’espoir, cela tout à la fois.

Quand les enfants jouent faux.

Nouveau départ est un film à voir si l’on aime à la fois Matt Damon et Scarlett Johansson, et qui raconte une jolie histoire vraie. Mais ce qui m’arrête aujourd’hui n’est pas le film en soi. C’est le jeu de l’actrice de six ou huit ans qui joue une petite fille dans une famille américaine, thème rebattu dans le cinéma américain actuel. Son personnage, particulièrement charmant et mature, étant donné la mort récente de sa mère, qu’elle incarne en prenant sa place dans la famille, elle est jouée par une jeune comédienne nommée Maggie Elisabeth Jones.

On a déjà vu cette petite fille jouer dans le Footloose de 2011, sans doute avec sa petite soeur. Elle réapparaît ici dans un rôle beaucoup plus important.

À chacune de ses apparitions, la salle parisienne rit et réagit. Et puis, au bout d’un moment, la salle se tait devant ses effets. Un brin angoissée, un brin lassée, et peut-être excédée par ce jeu. Qui met en effet très mal à l’aise. Car c’est un jeu très fin et intelligent, auquel il manque cependant quelque chose que pourtant il est rare qu’un enfant ait perdu à ce point: l’authenticité. La petite fille est toute en contrefaçons. Elle singe les adultes inauthentiques. Elle cherche le regard – on peut le voir très nettement dans l’une des scènes, où son regard ne va pas du tout là où il devrait aller mais reste rivé au niveau du sol, cherchant peut-être l’approbation de quelqu’un qui se trouvait sur le tournage. Tout cela reste sur le coeur. Qu’en est-il d’un cinéma où les enfants n’ont pas d’émotion vraie? La petite Maggie Elisabeth Jones fait sans doute de son mieux pour accomplir ce qu’on lui demande, et d’ailleurs tous les comédiens dans ce film ont un jeu un peu outré, ce qui est sans doute dû à la direction d’acteurs. Mais l’artifice mis à ce point en valeur, chez un enfant, près d’un siècle après la naissance de Stanislavski, dont la méthode inspira les plus grands acteurs du cinéma à partir des années 1950, de Marlon Brandon à James Dean, de Paul Newman à Robert De Niro, de Liz Taylor à tous ceux qui passèrent et passent encore par l’Actor’s Studio, pose question sur les chemins invraisemblable que peut parfois prendre Hollywood. Après La Méthode et tout ce travail centré sur l’émotion vraie du comédien, qui a tant fait ses preuves, au cinéma comme au théâtre, cela fait froid dans le dos que de voir cette petite fille aussi mal dirigée. Pourvu que la comédienne se débarrasse de ses mentors du moment et trouve son chemin, en tant que comédienne, mais surtout en tant qu’être humain – car jouer faux, rester si loin de soi, de ses propres émotions, rend fou. N’est-ce pas ce que l’on observe dans la vie de tous les jours? Alors, si jeune et dans un film diffusé mondialement, cela en démultiplie sans aucun doute ses effets.

La taupe, de John Le Carré. À suivre.

Je veux d’abord écrire seulement sur ce livre. Uniquement le livre. Parce que je n’y ai rien compris. Et pourtant j’ai aimé.

C’est une étrange expérience que de lire des dizaines de pages tout en ne sachant absolument pas de quoi il est question, où on est, ce que l’on fait, bref de quoi il s’agit. Heureusement, comme la plupart de mes proches croient que je comprends ce que je lis, aucun ne m’a demandé: qu’est-ce que ça raconte, en ce moment? Question par ailleurs tout à fait déplacée de manière générale – surtout à ne pas poser aux pauvres enfants dans l’espoir de leur faire réciter le livre comme une leçon bien apprise.

Mais je n’y voyais goutte. J’avais adoré le premier chapitre; les 130 pages suivantes, portant sur le monde du renseignement, me firent l’effet d’un jour de pluie et de brouillard. J’avoue qu’en partie je les lus dans l’espoir de retrouver les personnages et les lieux du premier chapitre – ce qui eut lieu, au bout de 130 pages. Mais en vérité, quel stupéfiant jour de pluie et de brouillard!

Même si je n’ai pas retrouvé tous mes esprits – j’ai lu le livre car je savais que le film était compliqué, et maintenant je vais aller voir le film alors que je n’ai rien compris au livre –, j’ai distingué, au travers de mon étourdissante myopie, quelques raisons à ma fascination:

– L’écriture est puissante, parfois poétique, évoquant l’indicible, toujours sobre, et Le Carré porte un amour aux personnages, même les plus déroutants, qui nous fait aimer l’humanité. Son héros (je ne vous dis pas son nom pour une raison que je ne peux pas vous dire ici) est déroutant et c’est un très beau héros. C’est déjà une raison suffisante.

– Le livre porte sur le monde du renseignement dans les années 1960-1970 (il est écrit en 1974), au moment de la guerre froide, dans ce drôle de monde dans lequel un monde en cachait alors un autre. L’auteur a travaillé dans ce milieu professionnel et diplomatique, qu’il connaît de l’intérieur et qu’il évoque avec un vocabulaire (traduit, en 1974, et non retraduit depuis) qui accumule l’argot du métier et les allusions humoristiques, sans doute très britanniques.

Mais est-ce que tout, d’une lecture, est dicible? Je crois que la sensation de cette lecture, même si j’ai eu des moments de découragement – à la fin le brouillard se dissipe un peu – , m’a tant plu que je vais non seulement aller voir le film mais aussi lire la suite de la trilogie.

My Week With Marilyn, de Simon Curtis.

C’est tout simplement merveilleux. Merveilleux comme les histoires d’enfants qui sont faites pour se sentir grandir, merveilleux comme le Cinéma.

J’avais une hésitation, une appréhension devant ce visage qui n’égale pas en beauté, en finesse, celui de Monroe. Mais comme elle est belle et touchante, Michelle Williams! Comme elle est totalement vraisemblable dans ce rôle, intégrant tout ce que l’on sait, tout ce qui a été écrit depuis, sur Marilyn Monroe.

C’est d’abord, sur le terrain britannique, l’histoire d’un film dans lequel se heurtent à la fois deux stars à l’ego surdimensionné – Marilyn Monroe et Laurence Olivier –, chacun avec ses références: le théâtre pour Olivier, le cinéma exclusivement pour Marilyn, adepte de la méthode Stanislavski, très cultivée par les acteurs américains. Vivien Leigh, la femme de Laurence Olivier, fait plusieurs apparitions, elle dont on sait qu’elle sera détruite par ses rôles (Un tramway nommé désir! Le film de Kazan tourné en 1951, auquel il est fait allusion, justement, pour dire qu’elle s’est laissée entraîner dans la méthode Stanislavski, cultivée par Marlon Brando…), par les infidélités de son mari, par l’alcool, et dont la fragilité n’apparaît pas ici où elle pose avec brio un personnage social. Mais comme elle évoque déjà le vieillissement qui la touche et a déjà commencé de la démolir…!

C’est aussi le début du mariage de Marilyn Monroe avec Henri Miller, qui va durer de 1956 à 1961, mais qui apporte déjà la fragilité et le doute à Monroe. Ce sera pourtant son plus long mariage, le dernier. Elle se suicidera après, six ans plus tard, en 1962.

Et puis c’est si drôle de voir Kenneth Branagh, moins élégant que Laurence Olivier mais tout aussi puissant, exigeant, déçu par cette star sexy et jeune sur laquelle il pensait prendre le pouvoir – et il se raccroche alors aux vers magnifiques de Shakespeare – , se retrouver dans une impasse face au personnage hyper-fragile et tout à la fois tyrannique de Marilyn Monroe: ses retards célèbres sur les plateaux, le doute omniprésent qui la saisit, davantage peut-être lorsqu’autour d’elle le monde l’épuise de son admiration. Il est évident qu’aucun des témoignages incessants de déférence ne pourra jamais combler la demande affective dans laquelle elle se trouve, et qu’elle nourrit, pour trouver l’énergie de jouer, par de courtes aventures, peu sexuelles sans doute, des crushes qui nourrissent son besoin sans fond de légitimité. C’est ainsi qu’elle est une croqueuse d’hommes.

Il y a l’auteur des mémoires dont ce film est tiré, Colin Clark, alors tout jeune aristocrate britannique qui voulait à tout prix entrer dans le monde du cinéma, du rêve, du merveilleux – quelque chose de l’enfance dont il est encore proche. Eddie Redmayne fait merveille, son visage serein et ouvert à la lumière. Sa fraîcheur et son honnêteté (ainsi que sa fascination) attirent Monroe, qui utilise l’énergie qu’il lui donne pour entrer dans un rôle qui lui semble incommensurablement difficile. « Es tu de mon côté? », demande-t-elle dès l’abord. Elle a besoin d’un soutien inconditionnel, qu’il lui donne, et qui lui permet, à elle, de se donner à son rôle. Connaissant les enjeux d’école qui ont cours en fond de cette histoire, on comprend pourtant tout son sens à la fin, lorsqu’elle répète cette phrase, sachant que le jeune Colin Clark se moque éperdument de Stanislavski et ne voie que le merveilleux du cinéma. Lui, il est du côté de la création, de la magie. C’est cela, le camp de Marilyn, sa manière toute personnelle, instinctive, sans égale, de créer la magie.

Il y a la fraîcheur de Marilyn, lorsqu’elle sollicite cet appui sans limite, sa joie lorsque la foule la reconnaît et vient à elle, à laquelle succède très vite sa peur devant la foule pressante et oppressante. Le don qu’elle fait de soi, sans fard, aussi dans les moments les plus intimes. Sa coquinerie de star, et puis son honnêteté, sa sincérité. Le film est bienveillant, comme l’est sans doute le texte de Colin Clark, qui comprit de l’intérieur le besoin de la comédienne d’être soutenue – comme pour chacun de ses rôles.Une star jouissant d’être une star, mais en manque d’être reconnue comme une comédienne.

Mais que d’analyses laborieuses ne fais-je donc pas, pour un film tout simplement léger, drôle et magique, rigoureux dans ses références et solide pour l’émerveillement cinématographique qu’il apporte.

Il y a la drôlerie de Marilyn, qui provenait d’un travail et d’une douleur inimaginable. Celle de nombreux acteurs, en réalité, mais Marilyn, avec son visage touché par toute émotion, sa sensibilité et sa vulnérabilité profondes, sa lutte aussi pour surpasser tout cela, est sans égale pour symboliser la douleur de la création.

38 témoins, de Lucas Belvaux. À suivre.

Le dernier film de Lucas Belvaux s’inspire d’un ouvrage de Didier Decoin, que je n’ai pas encore lu. D’ailleurs, je croyais que ce type était un humoriste, honte à moi! Il a eu le prix Goncourt, il fait partie de l’Académie Goncourt (voilà pour la biographie officielle, quand on n’y connaît rien), et il a publié en 2009 Est-ce ainsi que les femmes meurent, un titre déjà beau, qui inspira Belvaux. Un fait divers réel également. 38 personnes témoins d’un meurtre, qui laissèrent mourir une femme alors qu’elle appela à l’aide longuement. Cela s’est passé dans les années 1960, à New York.

Oh, la morosité du cinéma français, comme elle semble lourde quand les acteurs ne parviennent pas à la soulever! Pas une once d’humour, de distance, de ce qui fait les hommes dans les pires moments. Même la présence forte de Yvan Attal, comédien reconnu à juste titre; celle de Sophie Quinton, lumineuse puis touchée en plein coeur, est réduite à néant par le texte, par un jeu entre les deux principaux personnages qui sonne faux, maladroit, notamment lorsqu’il s’agit précisément de la culpabilité. Le texte est pitoyablement explicite, le couple sonne faux, dans ces passages. Cela détruit beaucoup du film.

Pourtant, l’histoire reste édifiante, passionnante. Les enjeux, importants, avec le rôle très bien conduit par Nicole Garcia, de la journaliste qui cherche à comprendre en profondeur avant de publier, peut-être, ce qu’elle sait et que la Justice ne veut pas ébruiter. Alors, en franchissant toutes ces maladresses terribles, on se prend à rêver de ce qu’aurait pu être cette histoire de culpabilité, écrite par Dostoïevski (encore lui!). Et je me tourne vers le livre de Decoin, avec une curiosité mêlée de méfiance. À suivre.

La suite: Est-ce ainsi que les femmes vivent, de Dider Decoin – Un romancier ne fait pas qu’écrire…