Sages présences.

Florence, affalée dans le large fauteuil, qui rêvasse, les pieds en l’air, depuis un moment. Et se relève brusquement, s’écriant: « Ah non, Maman, tu vas pas mourir! » et s’élance vers la cuisine pour aller tirer sur la jupe de sa mère, impérative. Elle retourne au large fauteuil. Elle reprend sa profonde rêvasserie, achève: « Moi, je veux pas mourir! » Elle sort en trottinant.

Éloïse avec qui je suis seule ce soir. Je lis le journal, émue. « Qu’est-ce que tu lis? » – « C’est un monsieur, un vieux monsieur maintenant, qui raconte sa vie. Ses parents sont morts quand il était un enfant. Il est allé dans d’autres familles, qui le faisaient travailler et ne l’aimaient pas. » Elle réfléchit une minute. « Tu sais dans Les trois brigands… » Elle doit passer à autre chose, pensé-je « … les trois brigands au début ils sont voleurs et ils font peur à tout le monde, et à la fin ils s’occupent de tous les enfants abandonnés. » Je pensais assurer sa chute et c’est elle qui, s’envolant, m’emporte à sa suite. Dans mon désespoir, j’avais oublié que les hommes évoluent – ce qui les caractérise plus que tout autre chose.

Elía qui avec Rodrigo, leur belle amitié, leurs partages. À L’écritoire, chacun fabrique ses personnages avant d’en raconter l’histoire, papier, crayon, ciseaux, cartons divers. Rodrigo en a fait cinq ou six, Elía n’a pas terminé le sien. Rodrigo va faire autre chose. Elía, les yeux baissés sur son ouvrage, lance « Moi je termine toujours le dernier mais c’est parce que je fais les choses très bien », prévenant et heureux d’être soi, confiant. Rodrigo attend, tranquille –  leur belle amitié.

les+trois+brigands

(Florence, 3 – Éloïse, Elía, Rodrigo, 5 ans)

Merci @IsabelleP_B , philosophe; ses papotweets.

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Apprendre de rêver.

« pas le temps de profiter de ces instants flous, où l’on se trouve entre deux mondes et on ne sait lequel choisir. Le rêve se dissout, en l’espace d’un instant. Je suis coupé à jamais du sommeil et projeté dans la banalité de ma journée. Y a-t-il un truc pour mieux profiter de ses rêves ? »

Oui, prolonger cet instant que je retiens entre mes cils, parfois une heure entière, lorsque je goûte et goûte encore et me remémore le rêve qui précède mon lent éveil. Une pratique délicieuse et davantage encore, un enseignement, parce que comme l’écrit Anne Dufourmantelle dans L’intelligence des rêves, ceux-ci nous donnent accès à une vérité profonde de notre être. En analyse, il se passe que sans le vouloir, l’on se remémore de plus en plus facilement nos rêves, qu’ils viennent de plus en plus clairement. On ne les appelle pas, ils viennent. Et peu à peu comme une évidence leur laisser du temps, au matin ou lorsqu’ils reviennent nous effleurer dans la journée, nous caresser ou nous brûler. Il m’arrive qu’un rêve me rattrape en pleine journée, qu’il éclaire d’un nouveau jour, d’une nouvelle vérité – une justesse plutôt, sensation juste de l’être, sensation d’être, sensation juste.
C’est ce sentiment complexe et simple que je recherche à ressentir et qui me rapproche de ce que je suis, bien cachée, bien protégée dans mes rêves. Au jour je retiens mon rêve comme mon souffle, qui s’apprivoise, et je le découvre en aveugle en le manipulant entre mes doigts un moment. Au jour j’apprends à m’imprégner de mon être rêve comme j’apprends à sortir sous la pluie fraîche sans protection et à me rapprocher de moi – partant, du monde.

Écho à Apprendre à rêver, @monterosato

Lire, c’est écrire sans inscrire.

Cette nuit je revisitai les premiers mots du Petit Prince avec une compréhension nouvelle:

J’ai vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir seul une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort.

D’abord le plaisir de rechercher les mots donne une forme d’accomplissement. Ensuite le plaisir de les retrouver, qui est plus orgasmique et qui peut être prolongé par l’énonciation du texte même. Enfin, tout cela un peu mêlé, l’aventure d’un nouvel éclairage sur un texte que l’on connaît depuis des années.

Il y a six ans, quelque chose s’est cassé dans mon moteur, me dis-je. Cela a été pour moi une question de vie ou de mort que de le réparer, seule. Il y a des pannes et des réparations que l’on ne peut pas partager, ou alors une infime partie. Dans certains voyages, il n’y a ni mécaniciens, ni passagers, qui pourraient partager avec vous la préoccupation de votre panne et vous prêter main-forte pour sa réparation. Je suis dans le désert, me dis-je. Le désert a des réserves de vie et de beauté, de rencontres insoupçonnées; d’une rose à un puits, à un renard, à  un serpent.

Et je me dis tant d’autres choses, que je n’inscrirai pas.

Lire un texte, cela peut ouvrir des possibilités insoupçonnées par l’auteur, mais que le texte, dans sa beauté, sa justesse et sa cohérence, contient cependant. Lire un texte, c’est créer. Ce n’est pas se situer hors des clous que de créer en lisant. Bien au contraire. Car il n’y a pas de clous. L’invitation est sans cesse offerte. S’évader en lisant, c’est aussi s’évader des intentions de l’auteur, qui, s’il est bon, ne consistent pas à vous emprisonner dans une lecture contrainte. Il est donc possible, voire probable, que ce soit l’une de ces ouvertures que je pratiquai dans ma nuit. La nuit favorise les excursions.

J’ai vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement. Saint-Exupéry, dont le livre est publié en 1943 à New York, le dédie à un ami français, l’auteur Léon Werth. Lui-même meurt de manière peut-être volontaire en 1944.

13 Novembre 2013. (texte retrouvé dans  la salle des machines d’un autre blog, non publié)

Ne pas écrire.

La contrainte permet au trait de s’exprimer, de prendre forme, sens
« pourquoi se plaindre de posséder dans le temps une limite? Sans limite il n’y a pas de forme, sans forme il n’y a pas de perfection » (*) – pas d’accomplissement du geste. Et vient la perfection – le geste de parfaire –, de textes quotidiens de 1000 signes.
La multiplication des contraintes que l’on se donne dans les écritures internautiques advient lorsque les possibilités s’élargissent, ouvrent sur une vastitude qui les impose. Écrire c’est risquer un trait dans l’immensité de la page.

Quand le corps ne suit plus et que l’esprit est malade, ne contient pas ne contraint pas ne détient pas ne produit pas ne rebondit pas,
Ne pas écrire, ne savoir que faire de ces mots que l’on travaille en tête, que l’on cisèle par morceaux de texte épars qui ne seront inscrits nulle part, inutiles fragments que l’esprit laissera de côté, allongée sans pouvoir bouger, ou en marchant avec lenteur, une seule chose à la fois – oublié, le texte, lorsque les mains se décrispent et reviennent à portée du clavier
Ne plus avoir cette joie en gorge de l’énergie que l’on a réussi après des heures à passer par le chas pour arriver au sens que l’on veut lui donner
Cette force du lancer de la balle lorsqu’on lui donne une visée précise, et qu’on l’envoie
À l’autre, à un certain endroit
Attendre impuissant sur le pont sans jamais que le vent gonfle la voile
Ne pas écrire c’est non plus un silence mais un cri étouffé dans une chambre sans écho, ne pas écrire intérieurement c’est déchirant

c’est inexister

Rebond 3 @monterosato et à cet autre texte.

(*)Lanza del Vasto parle de la mort, mais c’est un imbécile. Ou alors, il est mal traduit.

La leçon de Mo Yan.

C’est vrai, en cet instant-là, je n’éprouve que des sensations, je ne pense à rien, j’ai presque l’impression d’être dans un rêve, un rêve qui réfracterait le réel. Je sens soudain le bateau couler, au moment où l’eau recouvre presque le plat-bord, il s’élève lentement, alentour ce n’est plus de l’eau, ce sont des bris de verre bleutés qui jaillissent de tous côtés, sans bruit, et s’il y a bien quelque bruit, il semble très loin, très lointain, comme ces voix venues de la rive que l’on peut vaguement percevoir quand on est tout au fond de l’eau, et ce que l’on soit un être humain ou un cochon.

[Tu es un ami très proche de Mo Yan, je te prie de lui transmettre cette clé de l’écriture romanesque: chaque fois que l’on arrive à un point important de l’intrigue, quand, dans la description d’un personnage, on n’est pas sûr de trouver le ton juste ou que l’on ne dispose pas de moyens assez forts, il suffit d’expédier le personnage en question au fond de l’eau. C’est un monde où l’absence de bruits et de couleurs l’emporte sur leur présence, c’est bien cela, faire comme si tout se passait au fond de l’eau. S’il m’écoute, c’est un grand auteur. C’est bien parce que tu es mon ami que je te dis cela: comme Mo Yan est ton ami, il est le mien également, et c’est pourquoi je te charge de lui faire part de ce que je te dis.]

Le bateau penche violemment, Diao Xiaosan semble vouloir se mettre sur ses pattes. La lune, pareille au romancier, confrontée au problème que nous venons d’évoquer, a l’esprit vide, elle aussi. Liu Yong, qui se penche pour enclencher la machine, pique une tête dans le canal, il provoque des éclaboussures qui semblent, à leur tour, des bris de verre bleutés. Le diesel ressaute, crache une fumée noire, le bruit est très faible, c’est vrai, j’ai l’impression d’avoir les oreilles pleines d’eau. Liu Xiaopo oscille, il a la bouche bée, en sort un souffle aviné, il se balance d’avant en arrière, il a la moitié du corps hors du bateau, ses reins sont appuyés contre le dur plat-bord en tôle d’acier, puis il finit lu aussi par piquer une tête dans l’eau, l’eau éclabousse, sans bruit, toujours cette impression de bris de verre bleutés. Je saute, saute, mon poids de cinq cents livres fait danser la petite embarcation. Qiao Feipeng, conseiller auprès du détachement de chasseurs et auquel j’ai eu à faire il y a de nombreuses années, voit ses jambes faiblir, il tombe à genoux au fond du bateau, frappe son front contre le pont à plusieurs reprises, c’est d’un comique!

Je ne pense à rien, je ne vais pas chercher tous les vieux fatras enfouis au fond de mon cerveau, je baisse la tête, la relève, l’expédie hors du bateau. Sans bruit, l’eau éclabousse les ses débris de verre. Il ne reste plus que Zhao Yonggang, celui qui a l’air d’un brave, il tient un bâton en bois (qui dégage un parfum frais qui est peut-être celui du bois de sapin, mais je ne réfléchis pas davantage à la question), il vise mon crâne et m’en assène des coups répétés. J’entends un bruit qui semble venu du plus profond de mon cerveau et se transmet jusqu’à mes tympans. Le bâton s’est cassé en deux, une partie est tombée dans l’eau tandis que l’autre reste dans sa main. Je n’ai pas le temps de m’occuper de savoir si j’ai mal à la tête ou non. Je fixe du regard la moitié de bâton qu’il tient dans sa main et qui remue le clair de lune tout comme on remue de l’amidon de haricots mungos dissous dans l’eau. Le bâton est pointé vers moi, vers ma bouche. Je le mords. Il tire dessus. Violemment. Il a vraiment une force immense. Je vois son visage devenu tout rouge, on dirait une lanterne rivalisant d’éclat avec le clair de lune. Je pousse un soupir, on pourrait croire à une ruse de ma part, mais en fait j’ai soupiré machinalement. Il tombe à la renverse dans l’eau. À ce moment-là, tous les bruits, toutes les couleurs, toutes les odeurs arrivent avec fracas.

Je prends mon élan et je saute dans la rivière, faisant jaillir des gerbes d’eau sur plusieurs mètres de haut. L’eau est glacée et visqueuse, on dirait de l’alcool qui serait resté longtemps en cave. Au premier coup d’oeil, je vois les quatre hommes qui coulent puis remontent à la surface de l’eau. Liu Yong et Lü Xiaopo étaient ivres, au départ ils n’avaient déjà plus aucune force dans les bras et les jambes, pas plus qu’ils n’avaient les idées claires, au point où ils en sont à présent je n’ai pas besoin de leur donner un coup de main pour qu’ils meurent. Si Zhao Yonggang, celui qui a l’air d’un brave, peut s’en sortir et regagner la rive, eh bien, qu’il ait la vie sauve! Qiao Feipeng s’agite près de moi, son nez violacé se montre à la surface de l’eau, il souffle bruyamment, c’est détestable. Je frappe son crâne chauve avec mes pattes, il ne bouge plus, sa tête plonge, son derrière flotte.

Je descends la rivière, suivant le courant, le liquide d’un blanc argenté que forment l’eau et le clair de lune ressemble à du lait d’ânesse proche de l’état de congélation. Derrière, le moteur diesel sur le bateau hurle comme un forcené, tandis que de la rive monte un brouhaha de cris d’effroi. Une voix crie:

« Tirez, mais tirez donc! »

Les fusils du petit groupe des chasseurs de sangliers ont été emportés par les six soldats démobilisés rentrés les premiers à la ville. À l’avenir, exterminer en temps de paix les sangliers avec des armes de pointe comme celle-ci vaudra des sanctions à ceux qui en prendront l’initiative.

Je plonge soudain au fond de l’eau, comme un grand romancier, je laisse tous les bruits derrière moi et au-dessus de moi.

Mo Yan, La dure loi du karma, traduction Chantal Chen-Andro, fin du chapitre trente-cinq.

Rebond 2 @monterosato

Écrire c’est danser, suite.

Sculpter, c’était ainsi que mon maître de théâtre qualifiait la création de notre personnage: lui donner une histoire, parfois un secret – ne le dire à quiconque, pas de fuites – et, retravaillant inlassablement la scène, ôter.

Comme s’il s’était brûlé, il nous interrompait immédiatement lorsqu’un infime geste de la main, de nos doigts, nous échappait pour, croyions-nous, renforcer notre propos; lorsque nous appuyions l’intonation, d’une mesure que nous pensions imperceptible voire parlante. Ne pas être parlant. Laisser parler – le texte, l’émotion que l’on trouve puis travaille à faire jaillir de nous. L’esprit du spectateur.

Notre puissance en devenait plus grande, tenait dans notre seule posture, dans l’émotion que nous avions cherchée, contenue dans la stature, la voix. Être juste dans l’émotion, sobre dans la présence. Être avec densité.
Créer c’est ôter, disait-il.

Rebond 1 @monterosato

Une ville (13 boucles), d’Emmanuel Delabranche.

13 boucles dans une ville, celle du Havre. Le terme de boucle est extrêmement pertinent pour ces voyages dans la ville, dans le temps, celui de l’enfance souvent, d’Emmanuel Delabranche.

Ce texte n’est pas le seul publié par l’auteur, qui toujours s’exprime avec cette voix si particulière donnée par un texte sans ponctuation. Le retour à la ligne de ces courts paragraphes est le seul repère. Il est donc nécessaire d’apprendre à entendre la voix de l’auteur – une écriture dénuée de tout ce qui semble avoir été fioriture, une écriture sans moulures haussmaniennes, une écriture havraise comme les façades de la ville en quelque sorte – de déceler le rythme de sa phrase, qui prend des libertés – mais pas toujours: sujet verbe complément existe aussi, ce qui est, j’avoue, le plus désarmant, avec les passages qui nous restent inévitablement obscurs.

Mes carnets se nourrissaient de ces balades et l’idée de naître qu’il fallait dessiner aux immeubles plats des toits et aux façades de béton brut des moulures et d’imaginer une ville passée recouvrant celle du futur

Je rêvais à cette ville aimée capitale centrée irriguant la mienne tellement détestée que ma perception était complexe et contradictoire comme l’amour de la tour au port et cette volonté d’haussmanniser la ville de perret car elle était horrible à les écouter grise à se tuer cette nouvelle cité

Pourtant, derrière la visible caractéristique formelle, il est difficile et passionnant d’essayer de saisir où se trouve la véritable singularité de cette écriture.

Et je me suis mis à marcher à arpenter les rues les quartiers d’abord environnants puis plus lointains une à trois ou quatre heures de marche à onze ans je découvrais le territoire urbain l’assimilais prenais des notes dessinais pointant tant les constructions que les vides formant places et respirations et la ville est devenue mienne les aboiements les boutiques les escaliers reliant ville haute et ville basse les rues ensoleillées et celles toujours dans l’ombre les entrepôts les ateliers et ces échappées uniques vers le port ou la mer

À mon oreille, cette voix prend les accents d’une sorte d’inspiration, devient vaticination. Elle retient ses mystères, on ne comprend pas toujours ce que cette parole détient, et retient aussi (ainsi notamment dans un autre texte, De lui mon histoire, pour lequel ce mystère fonctionne merveilleusement bien car il se lie encore plus clairement à un secret d’enfance). L’écriture détient un secret et le préserve tout en le diffusant. L’écriture provient du coeur de l’intime.

Je regrette beaucoup que Delabranche n’évite pas l’écueil de la nostalgie, C’était mieux avant, les gens partageaient tout, la ville était réellement une communauté alors qu’aujourd’hui l’individualisme prévaut. C’est un lieu-commun et historiquement une erreur. Et c’est ne pas apercevoir comment la promotion de l’individu passe par des changements de comportement et… de paramètres pour les observateurs. Ervin Goffman est le premier à l’avoir vu avec une bienveillance pour la société qu’il observait, qui est la clé de toute sa compréhension du monde. Ainsi par exemple Goffman évoque-t-il « l’indifférence civile » pour comprendre cette apparente ignorance qu’ont les gens les uns des autres au coeur d’une ville.

Mais il s’agit ici de littérature, et ce voyage avec le texte d’Emmanuel Delabranche est passionnant, dans l’urbanisme d’une ville que l’on ressent, que l’on apprend par son expérience d’enfant. Une ville bien méconnue des Français eux-mêmes, comme si elle était tellement au bord du territoire… et si récente qu’elle n’aurait pas d’attrait. L’enfance dans une telle ville est véritablement une expérience –  c’est-à-dire, comme le montre bien Michel Lussault dans son dernier ouvrage (Habiter la terre, 2013), ce qui nous fait connaître l’espace –  et c’est de cela dont nous fait part l’auteur, devenu architecte, y compris peut-être en empruntant ce « on » de l’enfance, ce « on » illusoire des enfances.

On a aimé la ville reconstruite bien plus que toute autre celle de brique sale et triste aux commerces désertés aux rues vidées on a aimé la ville reconstruite comme on aime celui qui nous accueille nous donne tout et nous épanouit on a aimé la ville reconstruite dont on était les premiers occupants à qui on donnait vie

Savoureux point de vue que celui de la découverte d’une ville par l’enfant, qui nous replace dans la vision qu’il avait du monde et nous fait vivre son être au monde et la lente émergence de l’amoureux de la ville.

Les rues sont larges et droites l’étendue urbaine fait du bien loin de s’y placer on y prend vie on y devient et ce vide ce creux dans la main donne comme seins

Emmanuel Delabranche, Une ville (13 boucles), Publie.net, 2012

Chez Publie.net

Le blog d’Emmanuel Delabranche

Le très beau texte De lui mon histoire, sur Nerval.fr