Paddy Clarke ha ha ha, de Roddy Doyle.

C’est lui l’aîné de la famille qui s’agrandit, celui qui part jouer avec sa bande des journées entières dans les terrains interdits, y faire les quatre-cents coups, les bagarres, le football à vingt dont vingt équipes qui jouent les unes contre les autres; ce sont eux qui font des concours de sonnettes – record: 17 fois toute la rue sans se faire attraper par personne, organisés en relais– et pour celui qui perd, il y a forcément des défis à relever: manger un bout de rat, oser demander son prénom à sa mère… C’est lui Patrick, Paddy, comme son père puisqu’il est l’aîné, qui fait trembler son petit-frère sans se rendre compte que celui-ci acquiert des forces insoupçonnées… Ah la découverte crue du monde, quel goût ça a la boue, qu’est-ce que ça fait si je lui met de l’huile de briquet dans la bouche et que je le fais flamber, comment aller voler de manière très organisée les petits commerçants de cette banlieue lointaine qui se développe encore, d’abord par de formidables terrains de jeux sous forme de tuyaux énormes et de plus en plus long jusqu’au bout desquels il s’agit de courir, sans frémir du noir le plus total. Et puis le père adulé, soupe-au-lait, qui lui apprend parfois, quand il est de bonne humeur, une chanson nouvelle, à faire du vélo, qui lui apprend des rudiments de politique. Et sa mère, qui ne crie jamais et qu’il adore faire rire. Et l’école, où le maître respecté et craint vous fait mettre au garde-à-vous et où il est quand même si amusant de défier un copain de faire un truc risqué. Au sein de la maison même, Patrick a ses lieux favoris, protecteurs, ses découvertes réjouissantes, la curiosité le pousse toujours, parfois à la cruauté. Son monde, c’est alors la maison, les parents, son petit-frère, les copains, les terrains d’aventures.

La faille de son existence heureuse d’enfant de dix ans s’ouvre lentement avec les premières disputes de ses parents dont il prend soudain conscience, et examine, voulant les maîtriser de toutes ses forces, leur croissance.

Paddy entre lentement dans une conscience amère du monde qui l’entoure et qui est en train de se fissurer. L’écriture frappante de vérité pour déployer la joie sauvage de cette enfance libre et heureuse s’affine sensiblement pour dépeindre l’âme d’un garçon en train de changer, en train de grandir avec l’amertume et la perte. C’est un livre magnifique, à ne pas rater, Roddy Doyle obtint d’ailleurs le Man Booker Prize. (1993)

Publicités