La conversation de Bolzano, de Sándor Márai.

Le meilleur de Márai… un immense conteur, de l’aventure majeure de Casanova; un immense auteur, magicien de l’émotion intense et rentrée, du secret révélé – ici en fin de partie: oui, lire les 50 dernières pages avec tout le temps nécessaire à la délectation, car elles sont magnifiques, sur l’explicitation, le lent déroulement de ce qui fait l’étoffe d’un personnage, d’un être, qui ne cesse en réalité jamais de déplier son être, et donc de surprendre.

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Le Refus, de Imre Kertész.

D’une écriture complexe et compliquée, difficile et en difficulté, le texte illisible parfois vaut la peine que l’on s’y accroche, quitte à se demander parfois si Kertész ne se moque pas de son lecteur. Mais c’est ici un grand texte, beaucoup plus mature qu’Être sans destin, sur le régime totalitaire, les inhibitions terribles qu’il engendre au sein de l’intime, les situations concrètes, sociales, qu’il crée, l’héritage lourd qu’il entraîne dans la pensée et dans l’écriture… – et le discours qui émerge, puissant, de tout cet embrouillamini en réalité formidablement orchestré, celui du Refus maîtrisé. (1988)

Anna la douce, de Dezsö Kosztolányi.

Début du 20e siècle à Budapest, la bonne, Anna, entre dans une nouvelle maison, va devenir une domestique acharnée au travail, la maîtresse muette du maître de maison, et sa meurtrière – toujours avec la même acceptation, la même douceur, comme si son geste n’était que l’aboutissement d’une logique qui la dépasse. Un livre de l’un des auteurs hongrois les plus intéressants de cette capitale des années 1910 entre innovation littéraire et scientifique (Vienne et Freud ne sont pas loin). Le rapprochement avec La porte, de Szabo, est étonnant à faire – deux approches très lucides, psychologiques et sociales fines, des interactions entre deux mondes, celui de la bourgeoisie et celui des domestiques, qui, peut-être, ne se rencontrent jamais vraiment.

Voyage autour de mon crâne, de Frigyes Karinthy.

Un grand auteur hongrois du début du 20e siècle, comme son ami Kosztolányi… Un récit autobiographique plein d’un humour transcendant sur les prémisses, le diagnostic et le suivi d’une maladie qui l’atteint au cerveau, jusqu’à une impressionnante opération, que lui finance une admiratrice. Comment cela touche sa vie quotidienne, ses perceptions, ses certitudes. Karinthy guérit. Il mourra quelques années plus tard d’une reprise de la même pathologie, comme en une pirouette ultime. Il reste ce récit cocasse et très contemporain.

Le traducteur cleptomane, de Deszö Kosztolányi.

Le petit livre est un bijou – même si les bijoux disparaissent, volés par un traducteur bien mal éduqué. Une série de nouvelles toutes plus hilarantes les unes que les autres, par leur style d’humour retenu et par l’imagination délirante, baroque, qui les compose en un monde merveilleux et poétique. My favourite, « Le contrôleur bulgare », ou la nuit d’un voyageur étranglé par les conventions face à la logorrhée incompréhensible d’un contrôleur émotif, dont il change la vie en quelques onomatopées informes. La Hongrie de ces années du début du 20esiècle est déjà alors une place littéraire et Kosztolányi, un grand auteur…