La chevelure sacrifiée, de Bohumil Hrabal.

Le livre est exceptionnel, tout comme la joie dans la littérature, la joie profonde et forte, la joie vivante et fragile, et toujours renouvelée, et qui diffère de l’homme et de la femme du roman (en réalité les parents de Hrabal, la suite de ce livre étant La petite ville où le temps s’arrêta) qui incarnent celui qui n’est pas doué pour le bonheur et celle qui est douée pour le bonheur… Mais c’est la joie du narrateur qui prédomine et qui gagne.
L’ouvrage a été adapté au cinéma dans les années 1950 en Tchécoslovaquie mais le film est décevant; l’écriture de Hrabal est très visuelle mais nécessite sans doute une adaptation cinématographique « de force majeure », par un réalisateur aussi puissant que l’auteur qu’il est…
Un texte dont on se délecte, qui montre toute la truculence baroque de Hrabal et son amour de la vie.

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Une trop bruyante solitude, de Bohumil Hrabal.

Un court texte, qui est le plus fort de Hrabal, qui est déjà très fort? Puissant et pourtant fantaisiste, rigoureux et pourtant laissant entrer le vent frais de l’imaginaire, c’est une ode à la lecture (sa force libératrice mais aussi sa puissance de mort?) et surtout à sa victoire sur la censure! Même à travers l’âme d’un seul homme, un homme des plus seuls, alors cela suffira…, me semble-t-il avoir lu. S’il faut emporter un livre dans la tombe, c’est celui-là…

Mendelsohn est sur le toit, de Jirí Weil.

Un bon livre, de la part d’un des acteurs de la résistance et d’une victime du génocide des juifs, sur les aspects quotidiens de la guerre et du génocide, du point de vue nazi comme de celui des résistants. Focus sur l’assassinat de Heydrich à Prague en mai 1942 et sur le massacre de deux villages tchèques en représailles. Mais également beaucoup d’humour, de drôlerie – ce n’est pas le ton des Bienveillantes. (1960)

La Belle de Joza, de Kveta Legátová.

Bref et fort, le texte pourrait avoir été écrit n’importe quand entre 1945 et aujourd’hui – il est publié à Prague en 2002. Il est l’oeuvre d’une auteure de plus de 80 ans, découverte voici peu, qui évoque ici sur le ton sobre et presque coléreux d’une jeune femme médecin durant la guerre, sa retraite forcée dans les montagnes de Moravie qui fut, plutôt qu’une parenthèse, une révolution dans son existence. Le lien qu’elle a avec l’idiot du village auquel elle se maria. Les montagnes, la rudesse, la guerre qui vient jusque là et détruit. Autant de prétextes pour décrire et comprendre l’humain. L’écriture (ou la traduction?) manque de musicalité, rythme saccadé et phonie médiocre, j’aurais voulu que ce beau texte soit plus poétique. De la poésie, il garde cependant l’indicible énoncé allié à un mystère non élucidé.

Les Palabreurs, de Bohumil Hrabal.

Baroque, touffue, cocasse, tendre, le texte de ces nouvelles… Il y a Bambini di Praga 1947, un petit roman, pour suivre une joyeuse bande d’escrocs aux assurances du fin fond de la Slovénie, décrite comme un finistère presque barbare, jusque dans un asile d’aliénés, ou plutôt sur la branche d’un des arbres du parc de l’asile, un verre à la main… Il y a Romance, une sobre histoire d’amour entre un Tchèque et une Tsigane, car la tradition littéraire pragoise, fantastique, grotesque, que reprend Hrabal consiste aussi à se libérer, à se départir des formalités habituelles… Il y a La leçon de conduite, fabuleuse heure d’apprentissage de la moto, qui a inspiré voici quelques années au Polonais Pawel Huelle son joyeux roman Mercedes-Benz. Hrabal comme toujours, une écriture réjouissante, euphorique, colorée, du Chagall en texte.