Echos – Tendances du livre.

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Au bonheur de lire, de Dominique Demers. Un livre pour L’écritoire.

Comme il est bon de lire ce livre! Un éclatant et éclairant ouvrage pour les parents comme pour les professionnels confrontés à la question d’amener des enfants à lire. Le sous-titre en est d’ailleurs: « Comment donner le goût de lire à son enfant de 0 à 8 ans ». Plein de respiration et d’une fraîcheur sans pareille, augmentée d’ailleurs par le charme du québécois.

C’est sans aucun doute le livre qui se rapproche le plus de l’esprit de L’écritoire (pour les enfants, mais qui restent vrai aussi quand on grandit!).

C’est d’abord un grand hommage à la lecture, qui « nous a sauvé la vie bien des fois »; qui nous rend non seulement plus compétents dans les études, mais aussi plus heureux; qui changerait le monde, si tout le monde y goûtait!

Elle propose d’excellents conseils, tous très concrets et sans blabla, et nous explique très directement et simplement pourquoi faire comme ci et… plutôt pas comme ça. Et comment, à travers des expériences qu’elle raconte, elle l’a compris. Et Dominique Demers – auteure de livres pour enfants et universitaire – rappelle que nos enfants ne sont pas destinés à tous faire des carrières d’intellectuels: quel changement de ton par rapport à la plupart des propos sur la question!

Il est question ici d’accès au livre d’une manière pleine de sens. Cela permet, guidés par un discours très sain, d’installer un vrai lien vers le livre, fait de plaisir et non de devoir.

Comme le livre n’est pas dans les circuits européens (ni dans les bibliothèques), vous pourrez le trouver chez des vendeurs sur Amazon, ou le commander directement sur un site canadien. Je parie que vous ne regretterez ni l’attente ni l’investissement. (2009)

N’espérez pas vous débarrasser des livres, de Jean-Claude Carrière et Umberto Ecco.

Sous la forme d’une aimable et libre conversation, cet entretien avec les deux hommes de lettres et de livres que sont l’éclectique Jean-Claude Carrière (auteur, scénariste, traducteur) et Umberto Eco (romancier et surtout distingué sémiologue) repose sur l’affirmation, plutôt tranquille, que nous n’assistons pas actuellement à la fin du livre avec le développement de l’internet. D’un aimable informel, structuré par Jean-Philippe de Tonnac qui mène l’échange qui devient parfois un débat, alimenté par l’expérience des deux hommes, lecteurs, auteurs et collectionneurs de livres anciens, nous apprenons beaucoup et réfléchissons grâce notamment aux images toujours frappantes utilisées par Eco, sur la mémoire que constituent les livres et l’internet, sur la connaissance, l’utilité de la bêtise – passages savoureux –, la censure, la bibliothèque. (2009)

Pinocchio & Robinson. Pour une éthique de la lecture, d’Alberto Manguel.

Ce petit opuscule contient trois textes courts et essentiels: « Comment Pinocchio apprit à lire » est incontournable pour toute personne travaillant autour de l’apprentissage de la lecture. Manguel nous rappelle que la lecture est loin de se limiter à un geste technique si l’on veut transmettre une pratique qui a du sens et devient une clé pour apprendre à se connaître et à explorer le monde. « La bibliothèque de Robinson » aborde le lien très riche qui relie un lecteur à ses livres et constitue une critique de l’Internet, moins convaincante, le pessimisme de l’auteur laissant voir les limites de sa compréhension de ce nouvel outil – Manguel fait partie des défenseurs du livre face à l’Internet, avec Steiner et Umberto Ecco. Enfin, « Vers une définition du lecteur idéal » est un délicieux exercice visant à dessiner toute la liberté et la singularité créative de la lecture.

Une trop bruyante solitude, de Bohumil Hrabal.

Un court texte, qui est le plus fort de Hrabal, qui est déjà très fort? Puissant et pourtant fantaisiste, rigoureux et pourtant laissant entrer le vent frais de l’imaginaire, c’est une ode à la lecture (sa force libératrice mais aussi sa puissance de mort?) et surtout à sa victoire sur la censure! Même à travers l’âme d’un seul homme, un homme des plus seuls, alors cela suffira…, me semble-t-il avoir lu. S’il faut emporter un livre dans la tombe, c’est celui-là…