Les animaux de la jungle, de Trenet à Fersen en passant par Dalida.

La musique pose-t-elle chez vous quelques problèmes diplomatiques ? Êtes-vous épuisé de négocier avec vos marmots pour faire taire un moment tel ou tel de leurs irritants disques qu’ils pourraient bien ne jamais se lasser d’écouter ? Eh bien, il y a peut-être des solutions. Par exemple, pénétrer avec eux, armé à l’occasion d’un livre joliment illustré, dans cette joyeuse jungle, gentiment délirante, esquissée par une dizaine de chanteurs français :

On lâche des animaux

Des lions et des rhino

céros qui ont l’air féroces comme tout

Mais sont doux comme des toutous,

Chante aimablement Trenet.

Je me plierai à vos coutumes

Si vous acceptez mon volume,

répond un bébé éléphant égaré chanté ailleurs par Dick Annegarn ; avant que n’arrive le Petit Eléphant Twist chanté par Dalida. Où est mon zèbre ? demande en passant Mireille Darc.

Suite à quoi un moucheron du bestiaire cocasse marmonné nonchalamment par Thomas Fersen arrive au comptoir,

Vêtu d’un complet marron

Avec des ailes sur le tronc

Et une mèche sur le front

pour ne faire qu’une bouchée d’un lion qui rêvassait là et se met à jouer les gros bras. Participent également à la fête Reggiani, Duteil, Pow Wow, Gérard Genty. À votre grand ébahissement, vous deviendrez un fana du Vieux crocodile chanté par Henri Salvador et la paix entrera chez vous (en même temps que la joie). D’ailleurs, même plus besoin des enfants pour écouter tout ça.

Les animaux de la jungle, disque-livre édité chez Gallimard (2005).

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Les livres pop-up de David A. Carter.

Chaque année, depuis 2005 et Le point rouge, David A. Carter publie chez Gallimard un nouveau livre pop-up. Chaque page, que l’on tourne avec précaution, est une oeuvre d’art qui surgit, se déplie et se déploie (comme une fenêtre pop-up, en marketing, celle que vous  » autorisez  » ou non sur certains sites, surgit au beau milieu d’une page d’un site sur lequel vous naviguez tranquillement). C’est le genre de livre dont on dit qu’il est pour les enfants mais qui rend les adultes bien contents. Magnifiquement bien faits et astucieux, il y a même eu, en 2010, un livre qui fait du bruit ! Bruit blanc, délicat et joli. Que l’on joue à chercher le 2 bleu (2006), à retrouver les 600 pastilles noires (2007) parsemées dans le livre, ou que l’on fasse bruisser les pages de leur Bruit blanc (2010), l’aventure est toujours belle et réjouissante comme un feu d’artifice, délicate, et élaborée. Ajoutons que cette série n’est pas chère pour ce genre de livre (environ 20 euros).

Au bonheur de lire, de Dominique Demers. Un livre pour L’écritoire.

Comme il est bon de lire ce livre! Un éclatant et éclairant ouvrage pour les parents comme pour les professionnels confrontés à la question d’amener des enfants à lire. Le sous-titre en est d’ailleurs: « Comment donner le goût de lire à son enfant de 0 à 8 ans ». Plein de respiration et d’une fraîcheur sans pareille, augmentée d’ailleurs par le charme du québécois.

C’est sans aucun doute le livre qui se rapproche le plus de l’esprit de L’écritoire (pour les enfants, mais qui restent vrai aussi quand on grandit!).

C’est d’abord un grand hommage à la lecture, qui « nous a sauvé la vie bien des fois »; qui nous rend non seulement plus compétents dans les études, mais aussi plus heureux; qui changerait le monde, si tout le monde y goûtait!

Elle propose d’excellents conseils, tous très concrets et sans blabla, et nous explique très directement et simplement pourquoi faire comme ci et… plutôt pas comme ça. Et comment, à travers des expériences qu’elle raconte, elle l’a compris. Et Dominique Demers – auteure de livres pour enfants et universitaire – rappelle que nos enfants ne sont pas destinés à tous faire des carrières d’intellectuels: quel changement de ton par rapport à la plupart des propos sur la question!

Il est question ici d’accès au livre d’une manière pleine de sens. Cela permet, guidés par un discours très sain, d’installer un vrai lien vers le livre, fait de plaisir et non de devoir.

Comme le livre n’est pas dans les circuits européens (ni dans les bibliothèques), vous pourrez le trouver chez des vendeurs sur Amazon, ou le commander directement sur un site canadien. Je parie que vous ne regretterez ni l’attente ni l’investissement. (2009)

La chevelure sacrifiée, de Bohumil Hrabal.

Le livre est exceptionnel, tout comme la joie dans la littérature, la joie profonde et forte, la joie vivante et fragile, et toujours renouvelée, et qui diffère de l’homme et de la femme du roman (en réalité les parents de Hrabal, la suite de ce livre étant La petite ville où le temps s’arrêta) qui incarnent celui qui n’est pas doué pour le bonheur et celle qui est douée pour le bonheur… Mais c’est la joie du narrateur qui prédomine et qui gagne.
L’ouvrage a été adapté au cinéma dans les années 1950 en Tchécoslovaquie mais le film est décevant; l’écriture de Hrabal est très visuelle mais nécessite sans doute une adaptation cinématographique « de force majeure », par un réalisateur aussi puissant que l’auteur qu’il est…
Un texte dont on se délecte, qui montre toute la truculence baroque de Hrabal et son amour de la vie.

Quand j’étais petit, de Mario Ramos.

Voici le meilleur livre que j’aie jamais lu. On ne s’en lasse pas, il est plein d’astuce et d’humour sur soi, il évoque notre propre diversité et les temps de nos vies, il évoque l’espoir, le plaisir et tout ce qui nous peut nous en séparer pour de mauvaises raisons, notamment le sérieux et l’ennui adoptés par conformisme ou par défaut. Il peut être lu à tous les âges de la vie.

Et tout cela sans un mot.

Les Palabreurs, de Bohumil Hrabal.

Baroque, touffue, cocasse, tendre, le texte de ces nouvelles… Il y a Bambini di Praga 1947, un petit roman, pour suivre une joyeuse bande d’escrocs aux assurances du fin fond de la Slovénie, décrite comme un finistère presque barbare, jusque dans un asile d’aliénés, ou plutôt sur la branche d’un des arbres du parc de l’asile, un verre à la main… Il y a Romance, une sobre histoire d’amour entre un Tchèque et une Tsigane, car la tradition littéraire pragoise, fantastique, grotesque, que reprend Hrabal consiste aussi à se libérer, à se départir des formalités habituelles… Il y a La leçon de conduite, fabuleuse heure d’apprentissage de la moto, qui a inspiré voici quelques années au Polonais Pawel Huelle son joyeux roman Mercedes-Benz. Hrabal comme toujours, une écriture réjouissante, euphorique, colorée, du Chagall en texte.